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Science

Lire pour arrêter de fumer ? Ce qu’une histoire peut (et ne peut pas) apporter

Un roman peut-il accompagner l’arrêt du tabac ? Ce que la recherche dit du pouvoir des récits, ses limites, et la place du roman « La minute de trop ».

Par David Reiss-Zajtman6 min de lecture
Sommaire

On lit pour se distraire, pour voyager, pour comprendre. Mais peut-on lire pour changer une habitude aussi ancrée que la cigarette ? La question mérite mieux qu’un slogan. Voici ce que l’on sait du pouvoir des histoires, ce que l’on ne sait pas, et pourquoi j’ai écrit un roman sur ce sujet, en le présentant honnêtement pour ce qu’il est.

Pourquoi les histoires nous touchent

Les chercheurs en psychologie parlent de « transportation » (on pourrait dire « immersion ») : ce moment où l’on est tellement pris par un récit qu’on en oublie la pièce où l’on se trouve.

En 2000, Melanie Green et Timothy Brock, de l’Ohio State University, ont publié une série d’expériences sur ce phénomène dans le Journal of Personality and Social Psychology. Ils ont observé que plus les lecteurs étaient immergés dans une histoire, plus leurs croyances se rapprochaient de celles du récit, et plus ils jugeaient favorablement les personnages. Détail étonnant : que l’histoire soit présentée comme vraie ou comme une fiction changeait peu ce résultat.

Les récits changent-ils les comportements ?

Une méta-analyse publiée en 2016 dans Communication Monographs par Kurt Braddock et James Dillard a regroupé 74 études sur l’effet persuasif des récits. Conclusion : les récits influencent les croyances, les attitudes, les intentions et les comportements dans le sens de l’histoire, avec un effet décrit comme faible mais réel.

Attention cependant :

  • la partie sur les comportements reposait sur très peu d’études (5, pour moins de 1 000 participants) ;
  • ces études portaient sur des sujets variés, pas spécifiquement sur le tabac ;
  • un effet « faible mais réel » en moyenne ne dit rien de ce qui se passera pour une personne donnée.

Ce qu’une histoire peut apporter, concrètement

Sans rien promettre, voici ce qu’une lecture peut offrir à quelqu’un qui envisage d’arrêter :

Un miroir. Se reconnaître dans un personnage, ses excuses, ses petits arrangements avec lui-même. C’est parfois plus facile de voir ses propres mécanismes chez quelqu’un d’autre.

De la distance. Une histoire permet d’observer la cigarette « de l’extérieur », sans sermon ni chiffres alarmants.

Un moment à soi. Lire, c’est aussi un rituel : une demi-heure sans écran, les mains occupées par un livre plutôt que par autre chose.

Des mots. Mettre des mots sur une envie, une peur, une fierté. Ces mots peuvent ensuite servir à en parler avec un proche ou un professionnel.

Ce qu’une histoire ne fera pas

  • Elle n’agit pas sur la dépendance physique à la nicotine.
  • Elle ne remplace pas les substituts nicotiniques, que la Haute Autorité de santé place en première intention, ni l’accompagnement par un professionnel, qu’elle décrit comme « un des facteurs clés pour arrêter de fumer ».
  • Elle ne remplace ni votre médecin, ni un tabacologue, ni le 39 89.

Lire peut accompagner une démarche. Ce n’est pas une méthode d’arrêt.

Pourquoi j’ai écrit « La minute de trop »

Je suis maître praticien en hypnose ericksonienne, classique et humaniste, en PNL et en hypnocoaching depuis plus de quinze ans. J’ai imaginé le concept HypnoRoman : des romans inspirés de l’hypnose, qu’on lit d’abord pour l’histoire.

Le livre qui libère du tabac — La minute de trop est le roman de cette collection consacré à la cigarette. « La minute de trop », c’est ce petit moment où le geste part tout seul. C’est un roman à suspense, avec de l’humour et sans injonction : un roman, pas une leçon. Pour les lecteurs attentifs, il cache aussi un jeu de lecture : certaines phrases disent deux choses à la fois, une technique inspirée de ce que le psychiatre Milton Erickson appelait l’intercalation. Je tiens à être clair : c’est une démarche littéraire. Personne n’a mesuré ses effets sur l’arrêt du tabac, et je ne prétends pas qu’il en ait. Il s’adresse aux personnes qui aiment lire et qui veulent aborder le sujet autrement, en complément des aides reconnues.

Lire… et jouer à deux

Le roman se lit seul. IlliStop, l’application que j’ai créée ensuite, se joue à deux. C’est une autre forme d’histoire : un jeu de rôle rétro façon dessin animé des années 30, où vous et votre binôme affrontez Fumaillon avec l’aide de Pastille, Gourde et Zeste, dans un monde qui passe du noir et blanc à la couleur. Pacte, chat, statut du jour partagé (votre binôme voit seulement si vous êtes « dans l’objectif » ou non, jamais vos chiffres) et une ligne SOS pendant la partie.

Là encore, c’est un jeu, pas un soin : il se joue à côté des aides officielles. IlliStop est gratuit jusqu’au 30 novembre 2026 inclus, pendant le Mois sans tabac (IlliStop n’est ni affilié ni soutenu par Santé publique France). Ensuite, essai de 3 jours sans carte bancaire, puis 13 € TTC en achat unique, sans abonnement.

Quelques conseils si vous voulez lire « pour » arrêter

  • Choisissez ce qui vous plaît : roman, récit, témoignage, bande dessinée. Le meilleur livre est celui que vous aurez envie d’ouvrir.
  • Gardez un carnet à côté : notez les phrases qui vous parlent.
  • Partagez : une lecture commune avec votre binôme peut nourrir vos échanges.
  • Ne lisez pas à la place de l’essentiel : appelez le 39 89, parlez à votre médecin, demandez une ordonnance de substituts si besoin.

En résumé

Les récits ont un pouvoir réel mais modeste sur nos croyances et nos attitudes, et les preuves sur les comportements restent minces. Un roman peut être un compagnon de route : un miroir, une respiration, des mots. Ce n’est ni une méthode, ni une promesse. La minute de trop est proposé dans cet esprit, à côté des aides qui ont fait leurs preuves.

Sources

  1. Green MC, Brock TC. The role of transportation in the persuasiveness of public narratives. Journal of Personality and Social Psychology, 2000;79(5):701-721. doi:10.1037/0022-3514.79.5.701
  2. Braddock K, Dillard JP. Meta-analytic evidence for the persuasive effect of narratives on beliefs, attitudes, intentions, and behaviors. Communication Monographs, 2016 (présentation par The Decision Lab)
  3. Haute Autorité de santé (2014), Arrêter de fumer et ne pas rechuter
  4. Tabac Info Service, le 39 89

On s’y met à deux ?

IlliStop est gratuit jusqu’au 30 novembre 2026 inclus, puis essai de 3 jours sans carte bancaire, puis 13 € TTC en achat unique, sans abonnement.

Jouer à deux maintenant

Cet article informe ; il ne remplace pas l’avis d’un médecin, d’un pharmacien ou d’un tabacologue. Aide gratuite : Tabac Info Service, 39 89 (tabac-info-service.fr).