On entend souvent dire qu’« arrêter à deux, c’est plus facile ». L’intuition est ancienne, mais il existe aussi une étude souvent citée pour l’appuyer. Elle a servi d’idée de départ à IlliStop. Autant donc la regarder de près, chiffres compris, et dire honnêtement ce qu’elle permet de conclure… et ce qu’elle ne permet pas.
L’étude : 3 722 couples suivis en Angleterre
En 2015, trois chercheuses et chercheurs de l’University College London, Sarah Jackson, Andrew Steptoe et Jane Wardle, ont publié dans la revue JAMA Internal Medicine une analyse intitulée « The influence of partner’s behavior on health behavior change ». Leurs données venaient de l’English Longitudinal Study of Ageing (ELSA), une grande cohorte britannique qui suit des personnes de 50 ans et plus.
Ils ont retenu 3 722 couples, mariés ou vivant ensemble. Ils ont regardé trois changements de mode de vie : arrêter de fumer, bouger davantage, perdre au moins 5 % de son poids. Puis ils se sont posé une question simple : quand l’un des deux change, que fait l’autre ?
Ce que montrent les chiffres sur le tabac
Pour la cigarette, l’écart est frappant. Parmi les personnes qui fumaient au départ :
- quand le ou la partenaire arrêtait aussi pendant la même période, environ 48 % des hommes et 50 % des femmes avaient arrêté à leur tour ;
- quand le ou la partenaire continuait de fumer, ils n’étaient qu’environ 8 %.
Selon le communiqué de l’université, pour les femmes, la proportion était d’environ 17 % lorsque le partenaire était déjà non-fumeur de longue date. Autrement dit, vivre avec quelqu’un qui change en même temps que soi semblait compter davantage que vivre avec quelqu’un qui n’a jamais eu le problème.
Les auteurs ont ajusté leurs calculs (âge, revenus, santé, etc.). Les écarts restaient très nets. Leur conclusion : inclure le partenaire dans les démarches de changement pourrait valoir la peine d’être étudié.
Ce que l’étude ne dit pas
C’est ici qu’il faut être précis, parce que ces chiffres circulent souvent sans leurs limites.
1. C’est une étude d’observation. Personne n’a été tiré au sort pour « arrêter en couple » ou « arrêter seul ». Les chercheurs ont constaté ce qui se passait. Or les couples partagent beaucoup de choses : le même budget, le même médecin parfois, la même décision prise un soir autour d’un projet commun (un bébé à venir, un souci de santé de l’un des deux). Il est possible qu’une cause commune explique que les deux arrêtent ensemble, sans que l’un « entraîne » l’autre.
2. Elle concerne des couples de plus de 50 ans, en Angleterre. Rien ne dit que les mêmes écarts s’appliquent à des colocataires de 25 ans, à des collègues ou à deux inconnus.
3. Elle ne mesure aucun programme, aucune appli. Elle ne dit rien d’IlliStop ni d’aucun autre outil. Personne ne peut s’appuyer sur ces chiffres pour promettre un résultat.
4. Le soutien « organisé » n’a pas montré grand-chose dans les essais. Une revue Cochrane (Faseru et collègues, 2018) a rassemblé 14 essais randomisés et 3 370 participants qui cherchaient à renforcer le soutien d’un proche (conjoint, famille, ami, « buddy »). Résultat, dit honnêtement : ces interventions n’ont pas augmenté l’arrêt à long terme, et la plupart n’ont même pas réussi à augmenter le soutien réellement apporté. Les auteurs jugent la qualité des preuves faible et proposent d’abord de mieux comprendre comment susciter un vrai soutien.
Ce double constat est intéressant : arrêter en même temps qu’un proche semble associé à de meilleurs résultats, mais demander à un proche de « soutenir » quelqu’un, de l’extérieur, ne suffit pas forcément.
Alors, qu’en tirer concrètement ?
Une piste raisonnable, sans rien promettre : ce qui semble compter, ce n’est pas tant d’avoir un « supporter » que d’avoir un coéquipier qui vit la même chose. Quelqu’un qui a les mêmes envies à la même heure, les mêmes petites victoires, et qui ne fait pas la morale.
Quelques idées, utilisables avec ou sans application :
- Choisir une date commune. Deux personnes qui démarrent le même jour se comprennent mieux.
- Se mettre d’accord sur ce qu’on partage. Certaines personnes veulent tout raconter, d’autres préfèrent juste un « ça va » quotidien. Les deux se valent.
- Éviter le rôle de gendarme. Surveiller l’autre crée de la tension. Mieux vaut s’encourager que se contrôler.
- Prévoir le coup dur. Que fait-on si l’un des deux craque ? En parler avant évite les reproches après.
- Garder chacun ses aides. Arrêter à deux n’empêche pas que chacun consulte, utilise des substituts nicotiniques ou appelle le 39 89.
Là où IlliStop entre en jeu
IlliStop est parti de cette idée : si le fait de changer ensemble semble compter, pourquoi ne pas en faire un jeu à deux ? Dans IlliStop, une application web au style dessin animé des années 30, on joue en binôme : soit avec un proche invité grâce à un code, soit avec une personne choisie parmi les profils proposés.
Les deux joueurs scellent un pacte, discutent dans un chat, et partagent un statut du jour. Ce statut est volontairement minimal : le binôme voit seulement si vous êtes « dans l’objectif » ou non, jamais vos chiffres. Pas de compteur exposé, pas de comparaison. Une ligne SOS reste accessible pendant la partie, et le monde du jeu passe peu à peu du noir et blanc à la couleur, avec les mascottes Pastille, Gourde et Zeste face à l’adversaire Fumaillon.
C’est un jeu, pas un programme validé par des essais. Nous ne savons pas s’il change quoi que ce soit pour vous, et nous ne le prétendons pas. Il propose simplement un cadre pour « arrêter ensemble » de façon légère, à côté des aides officielles.
L’application est gratuite jusqu’au 30 novembre 2026 inclus, pendant le Mois sans tabac. IlliStop n’est ni affilié ni soutenu par Santé publique France. Ensuite : essai de 3 jours sans carte bancaire, puis 13 € TTC en achat unique, sans abonnement.
En résumé
L’étude de Jackson, Steptoe et Wardle est une belle observation : dans les couples âgés suivis en Angleterre, l’arrêt de l’un allait souvent de pair avec l’arrêt de l’autre. Elle ne prouve pas que le binôme soit la cause, elle ne concerne pas tous les publics, et les essais sur le « soutien d’un proche » restent décevants. Retenez l’idée sans en faire une promesse : se lancer avec quelqu’un qui vit la même chose peut rendre le chemin plus humain. Et, quel que soit votre choix, les professionnels restent là pour vous accompagner.
Sources
- Jackson SE, Steptoe A, Wardle J. The influence of partner’s behavior on health behavior change: the English Longitudinal Study of Ageing. JAMA Internal Medicine, 2015;175(3):385-392. doi:10.1001/jamainternmed.2014.7554
- ScienceDaily (2015), Couples more likely to get healthy together (communiqué UCL / Cancer Research UK)
- Faseru B, Richter KP, Scheuermann TS, Park EW. Enhancing partner support to improve smoking cessation. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2018, CD002928
- Tabac Info Service, le 39 89
On s’y met à deux ?
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